Voter à 16 ans ? oui, mais… non


Alexandre me demande ce que je pense de la proposition de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, sur le droit de vote à partir de 16 ans. Je vais me contenter de citer et de commenter ce qu’ont déjà répondu Nicolas (en gris) et Xerbias (violet) et bien sûr le texte original d’Alexandre (en bleu).

La proposition de C. Girard avait pour but de donner un signal fort à la jeunesse, de les remettre au coeur du débat.

« L’autre argument consistant à dire que ce serait envoyer un « signal fort à la jeunesse » […]

Donner un signal fort à la jeunesse n’est certainement pas jouer au démago en leur laissant croire qu’à 16 ans, ils ont les clés nécessaires et suffisantes pour s’exprimer face aux principaux enjeux de notre société. Vous, me direz que vous en connaissez un paquet qui ont le droit de voter mais qui ne possèdent pas non plus ces clés, c’est vrai hélas mais raison de plus pour ne pas en rajouter ! »

Voilà ce qu’on appelle du populisme. Il suffit de jeter un oeil à la conclusion de l’adjoint :

« Dans un contexte international de soulèvement et de quête d’émancipation portés par les jeunesses, la gauche française pourrait, en acceptant cette proposition, être au rendez-vous d’une France en mouvement car plus démocratique et plus responsable. »


On rebondit sur les évenements du Maghreb, on fait virevolter quelques idées de revoltes, de vent de libération, de modernité, de pouvoir de la jeunesse, et on recolle très vite ça à la gauche.

« Pour des politiciens désespérés de se faire bien voir par la jeunesse, cette proposition peut paraître attrayante. »

« Voilà de parfaites victimes potentielles du populisme le plus démagogique, et des cibles manipulables à souhait. »

Seulement, c’est un populisme qui ne peut séduire que l’infime partie des moins des 18 ans s’intéressant à la politique. Et le jour de l’élection, rappelons que ceux-ci n’auront pas encore le droit de vote, et ne pourront donc pas voter pour le candidat qui proposerait cette mesure, bref, un caillou dans l’eau stagnante de la jeunesse de ce pays qui se désintéresse complètement des moindres soucis politiques, voire qui en ont même une aversion.

Pour pallier ce problème d’intérêt, Alexandre propose un test de culture politique.

« A partir de 16 ans, un jeune pourrait faire une démarche volontaire de demande du droit de vote « anticipé » , à sa mairie. A l’occasion de sa « Journée Défense et Citoyenneté » qui a lieu généralement dans l’année de ses 16 ans, ce jeune […] passerait un « test » supplémentaire, de culture politique. Pas le genre de questions pointues […] mais basiques, portant, par exemple, sur la connaissance des anciens Présidents de la République, sur le fait d’être capable d’attribuer à un ancien Premier Ministre de la 5e République son parti d’origine parmi plusieurs choix etc. Le jeune ayant réussi ce test se verrait offert le droit de vote.

Voilà un moyen simple de permettre à des jeunes motivés et intéressés par la politique de s’impliquer davantage. »

Tous les fils de militants politiques, qu’ils soient intéressés ou non, feront ce test, sous pression de leurs parents qui leur auront fait réviser leur Vème République. Je rigole, ça ne doit pas représenter beaucoup de gens.

Par contre, je suis dubitatif sur ce test, je pense avoir la capacité de voter et pourtant je ne connais pas les partis d’origine de tous les premiers ministre de la Vème. D’autant que si l’on se réfère à H16

« Tu ne m’as pas demandé mon avis mais je te le donne quand même : le droit de vote, ça devrait être à partir de, mettons, 60 ou 65 ans, quand on a acquis suffisamment d’expérience pour pouvoir l’ouvrir. Et encore. »

Voter n’est donc pas à mettre en relation avec la culture politique ni même les connaissances en matière de politique. Bon nombre de citoyens votent par instinct ou suivent l’avis d’un proche sans plus réfléchir que cela. Par contre, voter, c’est se responsabiliser. C’est assumer le devenir du pays. Ne pas voter, c’est d’ailleurs le choix très égoïste de se déresponsabiliser.

« Et puis comment autoriser quelqu’un à voter s’il n’a pas à assumer directement les conséquences de son vote, puisqu’il n’a aucune responsabilité à assumer !

Le droit de vote doit faire partie des droits et devoirs que l’on acquiert à sa majorité qui, jusqu’à nouvel ordre est à 18 ans ! »

De ce fait, je suis pour qu’on laisse le droit de vote aux personnes majeures (je ne disais certainement pas cela à 16 ans…). Pour remettre au coeur la jeunesse, une initiative que je trouvais correcte, c’était le conseil municipal jeune, qui émet des idées pour la ville sous l’oeil bienveillant des élus. 


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15 Commentaires

Classé dans Éclairs moi de ta sagesse

15 réponses à “Voter à 16 ans ? oui, mais… non

  1. Fausse bonne idée… 16 ans, et pourquoi pas 15 ans et trois mois ? Pourquoi pas 16 ans et demi ?

    On me donne souvent comme argument le souhait de beaucoup (dont le mien) d’abaisser la majorité pénale, pour des peines plus dissuasives. Je trouve cet argument assez terrifiant…

    non, c’est une bonne question

  2. Pourquoi pas arrêter le droit de vote à la retraite ? (je suis « à moitié sérieux » : les votes engagent l’avenir… Ca me faisait rigoler de voir des gugusses qui ont pris leur retraite à 60 ans défendre une augmentation de l’âge de la retraite…).

    • ValLeNain

      Ce n’est pas parce qu’on est à la retraite qu’on ne vit plus dans le pays et que l’on est plus sous le coup de son fonctionnement. Les « vieux » sont tout autant touché que les autres par des mesures sur le logement, sur la sécurité sociale, sur la culture…

      • Val,

        Non, les vieux ne payent pas la sécu, les gens qui bossent si. Les vieux étant maintenant majoritaires par rapport aux salariés, ils pourraient voter pour une augmentation des retraites et… des cotisations.

        Par ailleurs, certaines mesures sont à prendre à long terme, pour une réindustrialisation de la France par exemple, ou par rapport à l’économique numérique, le développement du haut débit ou que sais-je. Que peut en avoir à foutre quelqu’un de 80 ans ? Non pas qu’il ne soit pas intéressé par ce qui va arriver à ses enfants mais parce qu’il est sensibilisé à autre chose, qu’il n’est plus au jus.

        Cela dit, je n’en fais pas une fixation (j’avais mis ma précision entre parenthèses) mais quitte à traiter de démagogique une proposition de faire voter les jeunes des 16 ans (je ne suis d’ailleurs pas spécialement pour), on pourrait s’interroger sur la nécessité de faire voter des « gâteux »…

  3. DF

    On ne sait plus quoi faire pour étendre la démocratie – notez qu’en Suisse (entre autres), des personnalités très sérieuses ont émis l’idée de donner le droit de vote à la naissance.

    Reste un argument: à cet âge, en Suisse en tout cas, il arrive que le citoyen soit déjà contribuable (s’il est apprenti, ou déjà entré dans la vie active – des situations qui n’ont rien d’exceptionnel). Dès lors, il se retrouve invité à payer… et à la boucler. Il faut aussi dire qu’en Suisse, on vote sur tout et n’importe quoi, y compris la fiscalité, et qu’il arrive que ça concerne très concrètement le citoyen (vote pour une Suisse sans armée, par exemple).

    Un test d’aptitude à voter? Euh… là, on va se retrouver avec de jeunes citoyens qui, parce qu’ils auront bûché, en sauront peut-être plus sur leurs aînés à propos des institutions. Pour développer la culture civique, il vaudrait mieux l’enseigner à tous dans les écoles… Ou alors, imposer ce test à tous les électeurs, et pas seulement aux jeunes aspirants électeurs.

    Bref, tout ça pour dire que, bôf… non.

    Et une boutade pour Nicolas, pour finir: puisque la femme est l’avenir de l’homme et que le vote engage l’avenir, supprimons le droit de vote aux hommes… 😉

    • DF met le doigt sur un truc important : les jeunes ont probablement une meilleure « connaissance civique » que certains « anciens » (y compris moi, d’ailleurs, il m’arrive de devoir vérifier des trucs que je connaissais par coeur à une autre époque).

      • DF

        Et après, puisque nous sommes sur un « blog macho » assumé, supprimons aussi le droit de vote des femmes…
        (c’est bon, je sors… aïe!)

  4. ValLeNain

    à mon avis, l’important n’est pas tant de maîtriser à fond la problématique politique pour voter, c’est de voter en assumant.

    • D’accord sur l’idée de responsabilité. Mais être « responsable » c’est aussi être capable de voter en connaissance de cause, en sachant pour quoi (et pourquoi) on s’implique, et être capable de défendre ses choix. La pratique de la démocratie ne va pas sans la culture et la capacité de réflexion qui va avec (c’est notamment comme ça que Victor Hugo voyait l’évolution des régimes vers la démocratie, comme la conséquence logique de l’accès progressif des masses à l’éducation et à la réflexion politique, en gros).

      Je ne supporte pas ces jeunes -comme ces vieux- qui se retrouvent dans des cortèges sans savoir pourquoi, sans être capable de défendre leur engagement (« AH OUAIS JE SUIS TROP CONTRE LA REFORME DES RETRAITES » « Tu peux m’expliquer pour quelles raisons ? » « Ben je sais pas, mais si tout le monde le dit, c’est que c’est vrai, non ? »), plus de 30 secondes montre en main.

      La solution est peut-être de favoriser l’éducation civique au Lycée, comme le suggère DF. Et par éducation civique, je n’entends pas que l’étude aride du système politique, mais aussi la pratique de débats de société au sein du groupe et de la classe, sur des sujets politiques, économiques, des questions d’actualité…

      • ValLeNain

        d’éduquer encore plus dans ce sens je n’air rien contre, mais ce n’est pas parce qu’ils auront plus d’éducation qu’ils pourront voter. Disons qu’attendre 2 ans de plus ne leur fera pas de mal.

        Je serais plus enclin à faire en sorte que les citoyens de 18 ans soient prêt au vote, plutôt que d’accorder le droit de vote à ceux qui sont prêts avant.

  5. 16 ans, Majorité anticipée?
    Pourquoi pas…

  6. J’ai 15 ans, presque 16, et pourtant j’ai un site web politique : http://www.politic18.com .
    Arrêtez de prendre les jeunes pour des crétins.
    Merci.

    • ValLeNain

      je vais essayer de penser que ton commentaire va au delà d’un simple coup de pub.
      Je ne prends pas les jeunes pour des crétins. Je prends les jeunes pour des personnes qui, dans la très grande majorité, se moquent éperdument de la politique, des gens prêts à voter pour n’importe qui sous l’influence de n’importe qui parce que les histoires politiques ne les intéressent pas.

      S’il y a 10% de ces jeunes qui s’intéressent, et qui sont peut-être assez matures pour voter, je pense qu’attendre encore 2 ans de plus ne les tuera, ils gagneront encore en maturité, pourront même revoir leur jugement, ou le confronter, et surtout, passé 18 ans, ils pourront être responsables de leur idéologie. Peut-être fais-tu partie de ceux là.

  7. GIGLIOTTA FRANCESCA

    -Dans une vieille version de la loi, désormais, l’enfant peut être entendu dès qu’il est capable de discernement. C’est le juge qui estime ce discernement.
    Pour être entendu pour la résidence (et non pour le divorce, les enfants sont interdits de témoignage pour le divorce de leurs parents , il faut qu’il en fasse personnellement la demande au au juge (ce dernier a l’obligation de l’entendre).

    -Mais attention, ce n’est pas le droit de choisir avec qui l’enfant veut vivre, c’est tout au plus un élément possible que le juge pourra prendre en compte.
    S’il est ado, le juge se fera une opinion lui-même si tant que l’ado argumente bien sa position

    -Le juge demande une expertise médico-psy faite par un psy attaché au barreau car beaucoup de JAF estiment que ce n’est pas dans leur compétence d’analyser les dires d’un enfants.

    Ma question est pourquoi nous laissons ces enfants , ces futurs adolescents sans paroles au coeur même de l’éducation qui commence au sein du foyer ?

    • ValLeNain

      ma question serait plutôt de savoir pourquoi tu traites le sujet du divorce quand on parle du sujet du droit de vote ?