Les retraites ou la métaphore de l’Iceberg


J’avais fait un petit commentaire un peu emporté en fin de billet l’autre jour, à propos des grèves qui vont nous tomber sur le coin de la tronche. Et pour cause, celles-ci on risque pas de les louper !

Certains pourront toujours dire que je retourne un peu ma veste, que je fais mon petit joueur, en participant à une manif’ et en dénonçant les autres, boah, je serais toujours loin de Kouchner sur ce terrain-là. La vérité c’est que je me demande si on ne va pas aller trop loin avec ces nouvelles grèves.

On en arrive au point où une minorité impose son opinion à la majorité, et à l’Etat, élu démocratiquement par la majorité du peuple français. C’est là que ça commence à me déranger, qu’en est-il des autres millions de Français qui ne sont pas dans la rue ? On s’en fout ? Certes il y a un sondage qui donnerait 71% des Français comme favorables au « mouvement social » (j’adore ce mot) de mardi. Le sondage est fait par l’Ifop, l’Ifop est dirigée par la présidente du Medef, on peut le penser viable, ou sous-estimé. Mais je n’y crois pas. La vraie solution serait quelque chose de beaucoup plus objectif : un référendum. Sego le proposait aussi. Il y a quelque chose d’intéressant dans ce passage :

« Soutenez-vous les appels à la grève reconductible ?

C’est la responsabilité des organisations syndicales. Nous sommes plusieurs à demander un référendum sur cetteSégolène Royal réforme. Et je crois que, vu l’impasse, les syndicats, en complément à leur action, pourraient appeler avec les partis de gauche au recueil, mardi prochain, des quatre millions de signatures qui obligeraient le pouvoir à consulter le peuple français. Ce serait une formidable mutation démocratique. »

Si les syndicats ne font rien pour récolter les 4 millions de signatures, alors je pourrais dire très ouvertement que ce sont des cons (ce que je pense déjà à moitié). Car cela signifiera qu’ils ont peur de l’avis du peuple, peur de la démocratie, peur de voir qu’ils n’ont pas le soutient qu’ils scandent avoir. Et que par conséquent, ils préfèrent violer les valeurs de la démocratie pour gagner. C’est facile de faire plier un gouvernement en bloquant le pays un mois (ça fait mal aux salaires aussi c’est sûr), c’est même trop facile. Que cela soit donc fait dans l’unique cas où la majorité des Français est derrière. Et d’ailleurs, pourquoi ne demander le référendum que maintenant, si cela avait été fait début Septembre, on aurait évité des jours de grève, et on aurait été plus vite fixé. Question de corones sans doute…

J’en viens maintenant à un autre point. Le « Pourquoi la contestation me parait injustifiée et même handicapante pour la suite ». Les syndicats lient directement cette réforme au problème du chômage (en plus de la lier à tous les autres maux de la Terre). Peut-être bien que cette réforme n’arrangera pas le cas des chômeurs… peut-être aussi que ça n’affectera tout simplement pas le cas des chômeurs, parce que la vraie réforme est ailleurs. Nicolas le dit, c’est une réforme du capital dont on a besoin, c’est là qu’il y l’argent, et c’est là qu’il y a les solutions pour le pays (entre autres bien sûr). Cette réforme c’est la partie émergée de l’Iceberg : en lançant toutes ses forces dans cette bataille (injustifiée je pense en plus), le « peuple » (reste à démontrer qu’il s’agit bien du peuple), s’il « gagne », aura moins de chance de gagner sur la partie immergée : la réforme du capital.

L’Hérétique nous explique qu’il faut réindustrialiser le pays. C’est évident. Et par les PME, puisque que ce sont elles les moteurs de l’emploi. Et c’est là le hic. Sur la question « Comment ne sommes-nous pas capables de fabriquer une machine à laver ?! », H16 répondait très justement « Simple : nous en sommes capables. Mais c’est beaucoup trop cher localement. Faire cher ce que font d’autres pour moins cher, c’est s’assurer d’un échec cuisant. »

Voilà le véritable problème : la France n’intéresse aucune boîte, et pire, détruit celles qu’elle a encore. Les prévisions annoncent 60 000 entreprises en faillite pour 2010 en France. Inutile de dire que ça ne touchera pas Carrefour ou Darty. Il serait peut-être temps de mettre en place un gouvernement qui se bouge sur ce terrain, le monde ne nous attendra pas.

Les retraites, vous êtes sûrs que c’est là qu’il faut taper ?

[edit]Je viens de trouver un petit site très sympa pour comparer entre autres les retraites en Union Européenne, j’ai fait un tableau http://goo.gl/36TP [/edit]

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[photo manif][photo Ségo][graphe]

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25 Commentaires

Classé dans Éclairs orphelins

25 réponses à “Les retraites ou la métaphore de l’Iceberg

  1. Excellent billet ! et tu prêches à un convaincu: les syndicats font fausse route, le reférendum à laMéluche ou à la Ségo, faudrait encore avoir des corones, et de tte façon, le seul et vrai problème, c’est l’emploi !

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  3. Bien aimé ton article. J’aime pas les grèves.

  4. TomTom

    En parlant de démocratie, je rappelle que la majorité tente de passer en force sans tenir compte des propositions de l’opposition, et sans inviter à la table des négociations l’ensemble des partenaires sociaux pour débattre d’un projet de loi qui n’était pas dans le programme électoral de Sarkozy en 2007, ça ce n’est pas démocratique.
    Aller manifester son mécontentement est un droit, les gens en usent,il me semble que l’on ne peut pas le leur reprocher.
    Tu dis que l’on doit aller chercher l’argent dans le capital, c’est ce que demande les syndicats: élargir l’assiette des cotisations. Il est abérant de voir que dans le projet de loi actuel, les revenus du capital ne participent qu’à 400 millions des 30 milliards d’euros nécessaires. C’est ce genre d’injustices que les syndicats dénoncent.

  5. TomTom, les syndicats sont grillés en France, ils sont aussi minables que la plupart des politicards et reçoivent aussi leurs petits fours de la boulangerie Medef. Tout ce petit monde s’agite, revendique, s’époumone, feint la contestation pour mieux assurer son confort personnel et garder sa place bien au chaud. Vous vous sentez aidés, compris et pris en charge par la CGT, FO et consort sur le dossier des retraites ? Vous croyez que 2 millions de manifestants sauront faire la loi comme au Far West ? Un jour c’est moi qui vais la faire façon Charles Bronson quand un bouffeur de merguez va m’empêcher de prendre mon train.

  6. ValLeNain

    La majorité tente de passer en force ? une majorité n’a jamais besoin de passer « en force » il me semble, vu que c’est la majorité.
    Et c’est faux qu’elle ne prend pas en compte les opposants, regarde les amendements qui ont été apportés. (C’est sûr qu’ils ne vont pas faire tout ce que l’opposition veut, les compromis sont obligatoires).
    Au pif, quelques liens qui montrent que les réunions ont eu lieu (et il y a quelques mois!) http://www.lepoint.fr/economie/retraites-discussions-mardi-autour-d-une-caisse-des-fonctionnaires-d-etat-24-05-2010-458444_28.php ; http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/04/12/retraites-premiers-entretiens-premieres-critiques_1332232_3224.html.

    • TomTom

      merci vallenain pour ce commentaire utile (ça nous change de vlad). Passer en force pour la majorité c’est faire passer un projet de loi à l’assemblée sans respecter un certain temps de débat, c’est légal mais pas forcément très démocratique.
      Je nuance mes propos sur les négociations avec les syndicats, il y en a eu c’est vrai mais elles n’ont porté sur aucun point essentiel (pénibilité, cas des femmes, entrées précoces dans la vie active, sans parler de l’age réel de départ à la retraite).

  7. 100 % d’accord sur le referendum sur les retraites. C’est d’ailleurs un excellent révélateur :
    1. Sur la situation au PS où tout le monde fait comme si cette solution n’était pas viable uniquement parce qu’elle vient de Ségolène
    2. Sur la position des syndicats qui sont plus attachés à leur rôle de négociateur qu’à trouver de vrais solutions pour les retraites.
    En effet, si le peuple s’exprime directement, il n’a plus besoin de représentants, qu’ils soient syndicaux où parlementaires, pour parler à sa place. La démocratie directe fera donc ses premières victimes chez ceux qui vivent de cette représentativité…

  8. je vais encore te gonfler, vu que la secte des wikiesques à laquelle tu appartiens n’aime pas trop la critique ni les avsi divergents (moi, je te rentre dedans mais au moins je ne censure pas ton commentaire, même lorsqu’il est en ma défaveur, contrairemetn à d’autres…), mais tu appelles ça un gouvernement élu démocratiquement, toi ? Et se comporte-t-il de manière démocratique, à ton avis ? Soyons cohérents ! je milite pour la reconnaissance du non-vote, car une élection dans laquelle il ya une abstention massive (cela a été je te l’accorde moins le cas dans celle de 2007…) devrait être invalidée tant qu’elle ne réunit pas une proportion significative de votants. Ainsi, sous les 50 % d’inscrits, elle n’est de toute évidence pas significative.

    Par ailleurs, quand on change fondamentalement le contrat social existant depuis tant d’années, la moindre des choses est d’interoger le peuple, en permettant un référendum, plutot que de faire tout pour que le débat n’ait pas lieu, sur les retraites comme pour le reste.

    • ValLeNain

      Tu ne me gonfles pas du tout puisque nos avis ne sont pas si divergents que ça (sur ce point), je suis par exemple tout à fait d’accord avec ton dernier paragraphe.

      Par contre, le gouvernement actuel, mis en place par le président, l’est démocratiquement. La majorité des Français (qui prennent la peine de voter) ont choisi Nicolas Sarkozy, c’est un fait et c’est pas rien ! Je ne sais pas s’il se comporte de manière démocratique, mais je ne sais pas comment peut-on se comporter démocratiquement : il est légitime, il agit, quand il y a un soucis, c’est un référendum qui permet de rester dans une lignée démocratique. Je ne suis pas un défenseur du gouvernement.

      Quant à l’absentéisme, c’est un autre débat, et je ne vais pas réagir dessus comme ça, pas envie de dire trop de bêtises.

  9. Glenou

    Le projet de réforme des retraites du gouvernement n’était pas du tout dans le programme présidentiel de Sarkozy et il s’avère qu’il ne va pas dans le sens des français. En quoi peut on vraiment parler de légitimité?

  10. @Glenou
    Bonjour, si des Vogons assoiffés de sang humain nous tombent sur la gueule, en voudriez-vous à Sarkozy de donner ordre à ce qu’on les dézingue sous prétexte que ce n’était pas dans son programme ? Auriez-vous mal à votre démocratie ?

  11. ValLeNain

    Je suis assez d’accord avec Vlad sur le concept : le programme ce sont les choses sur lesquelles il s’engage, rien ne dit qu’il ne fera pas autre chose (et heureusement, vu que les choses du prog’, il ne les fait pas 🙂 )

    • TomTom

      Pendant la campagne de 2007, Sarkozy a dit je cite: « Je ne toucherais pas à l’âge de départ en retraite ».

      • ValLeNain

        Deux cas :
        a) il a menti, pour se faire élire. Aujourd’hui il décide de changer l’âge. Il se pourrait que ça soit dans l’intérêt des Français (ou non) => on leur demande en faisant un référendum.

        b)il a compris son erreur et se voit dans l’obligation de ne pas tenir sa parole : il doit demander le souhait des Français => référendum.

        En aucun cas la volonté de quelques millions de Français doit primer sur celles de tous les autres.

        • TomTom

          Pour le référendum, c’est ce que demande la gauche, pas sarkozy, mais bon on est d’accord sur ce point.
          Les gens ne manifestent pas pour imposer leur opinion, ils le font pour obtenir des négociations. Le gouvernement n’a pas les pleins pouvoirs.
          Lorsqu’une négociation est réclamée par l’opposition et les syndicats, il doit en tenir compte, dans un soucis démocratique.

  12. Et Carla ? merdalo ! Elle n’était pas dans son programme ! Vite une manif !

  13. Glenou

    @Vlad. Si Sarkozy donne l’ordre de mettre une branlée à tes Vogons qui voudraient nous génocider je pense qu’on peut dire que ça va plutôt dans le sens des français non..?
    Pour Carla je me sens pas de manifester perso^^

  14. @Glenou
    C’est vrai. En même temps c’est là qu’on touche au noeud du problème. Qu’est-ce qui va dans le sens des français ? Subjectif tout ça…
    Perso, si le régime des retraites actuel est en péril je suis pour la retraite à 62 ans. Sans problème.